Karim Jaâfar :«Personne n’avait osé mélanger l’image à cet art»
Karim Jaâfar est calligraphe. Vivant en France depuis l’âge de 13 ans, il a déjà exposé ses œuvres dans plusieurs pays européens et arabes. Il nous parle de sa passion.
Libé : On dit que vous êtes autodidacte. Comment êtes-vous devenu calligraphe?
Karim Jaâfar : A mon arrivée en France en 1986, malgré mes 13 ans, mon seul bagage était l'écriture arabe et un vécu artistique auprès de mon frère Mohamed Jaâfar, lui-même artiste-peintre. A l'école en France, j'ai utilisé mon vécu et l'écriture, dans le but d'affirmer mon identité et de communiquer avec mes camarades de classe. En effet j'ai fait usage de l'écriture arabe pour exprimer mes sentiments et mes idées dans cette langue parce que je n'arrivais pas à me faire comprendre en français. C'est grâce à mon professeur d'art plastique, Monsieur Claude Jambu, que je me suis rendu compte, 2 années plus tard de ma passion pour la calligraphie. C'est lui qui m'a fait comprendre que ce que j'étais en train de faire ressemblait plutôt à la calligraphie qu'à l 'écriture. Son regard et son enseignement judicieux m'ont permis de cultiver mon savoir autour du geste et de la technique indispensable à la création calligraphique.
Libé : Vous vivez en France depuis votre jeune âge. Est-ce qu'il était difficile pour vous de cultiver votre passion pour la calligraphie?
Karim Jaâfar : Le travail artistique n'est jamais facile, il est toujours à recommencer. Cela demande beaucoup de travail et davantage de recherche et d'application. Même en étant résident en France, cela ne change rien à ma façon de concevoir et de réaliser une création artistique. Ma passion passe par le partage de ma culture avec les Occidentaux.
Libé : Vous développez une calligraphie unique qui mélange subtilement traits et images dans une belle gestuelle. Quelles ont été les étapes les plus importantes dans votre parcours?
Karim Jaâfar : Je ne dirais pas une calligraphie unique mais plutôt une calligraphie contemporaine. Parce qu’à un moment de mon parcours artistique, j'ai ressenti un besoin de renforcer la calligraphie par l'image. Et ceci pour mieux signifier un tableau ou une création : l'image en effet reproduit le sens de la calligraphie et la rend plus lisible et accessible à tous.
C'est une étape plus intéressante, car personne d'autre que moi auparavant n'a osé briser ce tabou ; mélanger l'image et cet art ancestral. Ensuite, cela a contribué à la diffusion de la calligraphie arabe auprès du public français.
Libé : Vous considérez-vous comme un ambassadeur de la culture arabe en Occident?
Karim Jaâfar : Je n'ai pas cette prétention car c'est une charge très lourde à porter. En revanche, je peux dire que j'essaye d'apporter ma modeste contribution au dialogue culturel entre la France et les pays arabes en particulier. Pour cela, j'ai confiance en mon geste calligraphique pour changer les a priori ou les idées reçues sur notre culture et nos traditions.
Libé : Comment voyez-vous l'avenir de la calligraphie? Cet art est-il encore appelé à évoluer?
Karim Jaâfar : Bien évidemment, mais à condition de laisser l'artiste libre de toutes contraintes idéologiques et surtout de casser la frontière entre la calligraphie et d'autres formes d'expression artistique.
Libé : Quels sont vos projets?
Karim Jaâfar : A court terme, je continue à créer et à exposer en Europe et dans les pays arabes, à long terme, je souhaite développer un art calligraphique baigné dans la modernité et le dialogue avec l'Autre. Pour ce faire, il va falloir le transmettre à une autre génération notamment par l'enseignement et la recherche. Ma grande fierté est de continuer à enseigner la calligraphie arabe aux petits et aux grands, que ce soit dans les écoles auprès des élèves ou à l'université auprès des professeurs d'art plastique.
Entretien réalisé par Khadija Alaoui
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